Chronique d’un tas bien orchestré

Photo Alexis Reverchon

Je prends le temps d’écrire, il faut dire que le temps, j’en ai. Mon cerveau ne se pose plus les multiples questions que soulève le ciel, mais qui se résume à avancer ? Monter ? Droite ou Gauche ? Non, je regarde les voitures défiler, en évitant de lever la tête pour ne pas voir les cumulus qui s’approchent des 4000m au dessus des Ecrins. Ces longues heures m’ont permis d’analyser mon erreur, j’avoue avoir mis du temps à comprendre pourquoi j’en suis arrivée là, posée dans ce champs, avec l’envie d’accuser la faute à « pas de chance ». Je vous pose mes réflexions, qui j’espère vous serviront.

Dés le début de semaine, la journée pour faire une remontée des Alpes du Sud était repérée, mais la logistique et une mise à jour de la prévi annonçant plus de vent me fait mettre le projet de côté. Puis les copains de la X-Alps, Dam’s et Benoit nous relancent sur la conversation WhatsApp commune. On se motive et le nouvel entraineur national, Julien Garçia, répond présent pour nous aider à organiser le trip. En quelques heures, un bus est loué, un chauffeur est trouvé (merci à Alexis), et nous voilà en route pour le sud. Nous récupérons des pilotes sur la route, même pas besoin de sortir les tentes à l’atterro de Saint André, le propriétaire du gite des Cougnas nous ouvre la porte.

Stressée

Depuis le début de semaine, je suis dans un bain de stress. Lundi matin, j’ai commencé par un test à l’effort au service de médecine des sports d’Albertville, et l’heure est au repos ! La semaine se fera donc sous mon parapente. Je vous en parlerai plus en détail dans un autre article, j’ai dû ensuite récupérer le petit bijou prêté dans le cadre d’un partenariat, j’ai enfin pu me reposer dans les mains de Yoann Farges, ostéopathe qui me suit dans ma préparation sur la X-Alps, puis tout s’est enchaîné. Beaucoup de choses dans la boite crânienne, beaucoup d’action qui en découle pour tout préparer et mes pensées qui ne savent plus où données de la tête. Je reconnais cette situation, je prends le temps de faire le vide dans le camion à l’aller, sans excitation, je me pose, travaillant ma cohérence cardiaque, chassant le stress pour être demain à 300% de ce que je fais, vivre une masse d’air, prendre un chemin. C’est un vol que je connais, et je me languis de le refaire.

7h au déco ?

Max est chaud, le réveil est matinal. Je suis également de cette école, il faut être prêt avant que les conditions le soient. Nous sommes un bon groupe du pôle France et des pilotes annexes (Max Pinot, Tim Allongi, Andy Tallia, John Marin, Clem Cruciani, Meryl Delferriere et le groupe de jeune qu’elle entraîne : Prune Delaris, Jules Perrin, Adrien Raisson, Victor Boudet). C’est vraiment chouette de voir autant de pilote sur un entrainement.

Nous sommes donc à 9h30 au déco, et c’est nécessaire pour la logistique de préparation. J’ajuste mon PTV, j’essaie de voler à 100 kg sous mon enzo. 8kg de plomb, 3l d’eau, 2 secours, du bordel : 1 camera, 2 radios, une batterie, 2 de rechanges pour les gants chauffants, 1 gps, 1 vario, mon téléphone, 2 bananes, 2 compotes, 2 barres de noix. J’arrive doucement à 98, ma première erreur du jour est de me dire tant pis pour les 2 kg. Cela change tout sur ce genre de voile, surtout quand les conditions sont annoncées ventées. En général, quand on commence à se dire tant pis, c’est que l’on accepte de négliger quelque chose en connaissant les possibles conséquences. Et quand on rencontre les conséquences, on se dit « p***** qu’est ce que je suis c**** », je le savais ». La solution peut paraitre simple, il suffit de faire, ne pas être négligeant, ne pas sous estimer un problème par flemme de chercher une solution.

Bref, une fois le PTV fait, il faut tout rentrer dans la sellette, enfiler une couche, puis les multiples couches de vêtements qui seront bien utiles une fois au plafond.

Max décolle en premier, ça tient, j’emboite le pas. Si les conditions thermiques permettent de rester en l’air, il ne faut pas hésiter à décoller car si le cycle part et que vous êtes encore au sol, il est trop tard et le timing est très important sur ce type de vol. La difficulté est uniquement pour le premier à se mettre en l’air, qui prend le risque de se faire poser.

Cap au nord

A 2400m, nous nous quittons le Chalvet avec Max, et John. Le vent est fort, les thermiques sont turbulents. Tout se déroule plutôt bien, malgré que nos plafonds s’effondre au fur et a mesure que nous avançons. Entre le cheval Blanc et Thorame, le choix est difficile. John aimerait taper sur le cheval blanc, Max tire sur le petit relief au dessus de Barrême. Tous à Tribord ! Sur une ligne un peu plus au vent, je flotte bien mais arrive à peine trop tard sur leur bulle, je les vois sortir et dériver le thermique, alors que je ne peux pas en faire autant… J’attends un cycle qui ne me sort pas aussi haute et je m’enfonce dans un vallon sans trouver de porte de sortie. 1h10 après mon décollage, me voilà au sol. Mon questionnement :

  • La technique : Est ce que c’est une bulle et je passe à travers ou est ce que je n’ai pas sur exploiter ce que j’avais ? Dans du vent, l’exploitation thermique est très technique, s’avancer ou accepter la dérive est à double tranchant et le vol en groupe aide au replacement.
  • Le mental : La situation est classique, lorsqu’on perd ses camarades de vol, il est vite possible de chercher à rattraper du temps, se mettre en surchauffe et partir sur ce qu’on appelle la fuite en avant. Rattraper coute que coute. Il faut reconnaitre rapidement cette situation pour prendre du recul, faire une abnégation de son erreur en acceptant de n’avoir pas de suite à la réponse au pourquoi de celle ci, définir la priorité et se concentrer dessus. Dans ce cas, c’était retrouver un thermique. Attention à la distorsion du temps dans ces situations, les minutes peuvent paraitre des heures. Regardez l’heure sur vos instruments. Je passe 12 minutes à chercher le cycle, et elles me semblent être doublées.
  • L’engagement : En allant dans ce vallon, je sais que la sortie doit se faire par le haut, le vallon est encaissé et il n’y a pas de posé. Les cums me rassurent, mais il n’en est rien. Je suis trop basse pour avoir les déclenchements du plateau qui remonte le long des pentes et le vent lessive tout. Je ne peux que vous conseiller d’éviter ce genre d’engagement, de prioriser le sécurité sur une prise de risque bien trop incertaine. Je réussi à poser dans le premier champs à la sortie de ce vallon, dans une masse d’air très turbulente et une pointe cardio à 153, moi qui m’étonnais de ne pas dépasser les 90 bpm…

Pour conclure, cela ressemble à une impatience. Attendre un vrai cycle m’aurait permis de passer de ce point difficile. Et ce manque de patience découle certainement d’une émotion, la frustration de perdre mes compagnons de vol. Mais n’aurais-je pas fait la même erreur étant seule ? Parfois, on a pas toujours la réponse à ce questionnement, mais l’important est de se poser les bonnes questions.

691 km de voiture

Je rentre avec Alexis, chauffeur 5 étoiles, également mon assistant sur la X-Alps. On récupère Andy, naufragé des Aiguilles de Chabrières. Il me repose à Annecy, et termine sa récup à Cluses, pour ramener à bon port les bienheureux, avec 300 km à la clé pour Max et John. Pour ma part, je suis fatiguée, un poil dépitée avec une grande envie de recommencer. La frustration est une part intégrante de ce sport, l’exercice mental était intéressant, il suffit de savoir rebondir le plus rapidement.

2 commentaires sur « Chronique d’un tas bien orchestré »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s